Avec sa plume acidulée, Stéphane Méjanès explore les critiques gastronomiques dans son livre aux éditions de l’Épure. La diva, le stakhanoviste, l’influenceur... tous sont passés à la loupe. Une occasion unique d’appréhender l’art de la critique culinaire aujourd’hui.
L’univers de la critique gastronomique est saturé de stéréotypes, ancrés depuis ses débuts au XIXe siècle avec Alexandre Balthazar Grimod de la Reynière. "Grimod était probablement un glouton, mais pas un blasé. Son côté diva le poussait à organiser des banquets flamboyants. S'il avait vécu aujourd'hui, il aurait été un influenceur", plaisante Stéphane Méjanès. Ancien chroniqueur sportif, cet expert en gastronomie a remporté plusieurs prix pour son travail, dont le prestigieux Prix Amunategui-Curnonsky en 2018. Son livre, Tailler une plume, croquons le critique gastronomique, s’inscrit dans une lignée satirique et bienveillante, où il met en lumière les types de journalistes rencontrés dans le milieu culinaire. Entretiens.
Dans les coulisses de la critique
Quel est le processus d’un critique gastronomique moderne ?
Avant de mettre les pieds dans un restaurant, il est essentiel de mener une enquête préliminaire. On s’appuie sur des recommandations, des courriers de lecteurs et des communiqués de presse pour établir une première liste d’adresses. Lorsque l’on arrive sur place, l’attitude est primordiale : il faut faire preuve d’ouverture d’esprit et abandonner ses préjugés. L’empathie est également cruciale, car le monde de la restauration est complexe et exigeant. La critique gastronomique ne se limite pas à la nourriture; il s’agit d’une expérience festive et rituelle où le respect est de mise.
La prise de notes : un art délicat
Comment un critique prend-il des notes aujourd'hui ?
Les smartphones se révèlent être des outils pratiques pour maintenir l'anonymat et enregistrer les impressions. Personnellement, Stéphane apprécie l'interaction avec les chefs, argumentant que les discussions enrichissent son expérience. Il privilégie la prise de photos pour capturer l’esprit des plats et compléte son récit à partir de cette mémoire visuelle.
Le dilemme des invitations : peut-on rester objectif quand on est invité ?
C'est souvent inévitable dans le paysage médiatique actuel. Bien que l'idéal soit de régler ses additions pour s'assurer de son indépendance, Méjanès ne sent pas d'influence corrompante de la part des restaurateurs. Il prévient cependant qu'une mauvaise critique peut détourner l’attention des établissements moins connus, créant un système injuste dans le monde de la gastronomie.







