Pendant près d'une décennie, Anna Roy, sage-femme, a caché une réalité sombre : son addiction au sucre, ses problèmes de santé et une souffrance indicible. Elle se livre sur sa descente aux enfers, la solitude du sevrage et le chemin vers son éveil après un long coma.
« J'ai passé une décennie à anticiper avec impatience ce moment où je pourrais me délecter de sucre. Même si je restreins cet instant jusqu'à 17 heures, cette pensée me hante dès le matin. Pour tenir le coup, je commence par un goûter composé de deux pâtisseries, d'un chocolat chaud et de tartines. Pour une mère de deux enfants, ce moment est comparable à un voisin qui vous pousse à boire lorsque l'on est alcoolique. »
Elle admet qu'elle ingurgite du sucre quasi incessamment jusqu'à l'heure du coucher. « J'ai même l'habitude d'emporter des gâteaux dans mes valises lors de mes weekends chez des amis. Une fois la nuit tombée, je me délecte de ma “came” en cachette. Chaque bouchée me montre qu'aucun soulagement ne vient et je me sens poussée à augmenter les doses. »
Une prise de poids alarmante
La situation est devenue critique. En 2013, Anna prend 58 kilos en quelques mois, atteignant un poids total de 126 kilos. « Je ne me vois plus comme simplement en surpoids, mais plongée dans l'obésité sévère. Le sucre, loin d'être un plaisir, est devenu une addiction qui m'emprisonne. »
Les effets sur sa santé ne se font pas attendre. « Mes problèmes de santé incluent l'hypertension, un prédiabète, des hypoglycémies réactionnelles, et des douleurs physiques diverses. À ce stade, je ne fais plus attention à mon corps, emprisonnée par mes pensées. Les maladies que je n'ai pas, je les fabrique dans mon esprit. »
La douleur comme moteur de l'addiction
Cette spirale descendante trouve ses racines dans une tragédie personnelle. La mort de son père, alors âgé de 59 ans, a ouvert une brèche de douleurs incommensurables. « Aucun mot d’amour ne venait de lui, mais l’amour qu’il me portait ne m’a jamais quitté. Sa mort m’a laissée chercher une trace, un réconfort dans un monde devenu hostile. »
Ajoutons à cela deux assauts violents, dont un lors d'une soirée : « J'ai choisi de minimiser ces événements traumatisants, de les effacer. Je pensais qu’en agissant ainsi, je minimiserais ma peur des hommes. En réalité, j'ai été alimentée par la honte et le silence. »
Renaissance à travers le sevrage
Après des tentatives de consulter des spécialistes, Anna prend un tournant décisif lorsque son amie lui dit avec fermeté : « Si tu continues sur cette voie, tu vas mourir. » Ce choc la pousse à stopper sa consommation de sucre. « Bien que cela implique de se passer d'une béquille qui m’apportait du plaisir, cela m’a sauvée. » Mais la route du sevrage s’avère particulièrement ardue. « À 17 heures, je ressens un besoin désespéré sans mes doses de sucre, provoquant palpitations, vomissements et un sentiment d'abandon. »
Bientôt, Anna se rend compte que le sevrage est plus qu'un simple défi alimentaire : « Je découvre que les addictions, c'est fuir le monde, mais aussi fuir soi-même. En surmontant ce processus, je commence à ressentir des bienfaits : tensions et glycémies normalisées, réduction de l'anxiété, et un regain d'énergie. Je n'ai jamais été aussi vivante depuis l'arrêt du sucre. »
À lire pour en savoir plus : Énorme, par Anna Roy (éd. Larousse)







