Un dégoût marqué pour certaines textures, couleurs ou même une phobie d'ingérer de la nourriture : voici quelques symptômes distinctifs de l'arfid, un trouble alimentaire encore largement méconnu. Touchant aussi bien les enfants que les adultes, ce syndrome mérite d'être mieux compris. Éclaircissements de Véronique Abadie, experte en pédiatrie à l'Hôpital Universitaire Necker-Enfants à Paris.
Différents profils au sein de l'arfid
Il est important de ne pas confondre l’arfid avec la néophobie alimentaire, comportement courant chez les enfants en bas âge qui refuse d'essayer de nouveaux aliments. Cette phase est souvent temporaire, car les enfants finissent par adopter une alimentation plus variée. En revanche, l'arfid se manifeste par des symptômes plus sévères, dont trois profils distincts. Le premier est le profil sensoriel, où l’aversion pour des textures, des couleurs ou des types d'aliments particuliers entraîne une restriction alimentaire sévère. Ces enfants consomment une quantité d’aliments très limitée, bien que leur croissance puisse sembler normale.
Le second profil dévoile un manque d'intérêt profond pour la nourriture : ces individus consomment peu sans se soucier des aliments. Enfin, le dernier profil est marqué par une peur extrême de la nourriture, où l'idée même de manger provoque une anxiété palpable, souvent liée à des traumatismes comme des épisodes de vomissements ou d’étouffement.
Causes sous-jacentes de l'arfid
Comme de nombreux comportements alimentaires, l’arfid résulte d’un mélange de facteurs génétiques et environnementaux. La pathologie possède une composante héréditaire : de nombreux parents rapportent des préférences alimentaires limitées durant leur enfance, rendant leurs enfants susceptibles. En outre, l’arfid peut émerger à la suite d'un traumatisme, tel qu'une maladie infantile grave ou des douleurs abdominales récurrentes.
Criteres de diagnostic de l'arfid
La simple aversion pour certains aliments ne suffit pas à diagnostiquer l’arfid. Un enfant doit satisfaire au moins trois des quatre critères là-dessus. Un impact sur sa croissance ou un déficit nutritionnel sont requis. Par ailleurs, si les carences en micronutriments (comme le fer ou certaines vitamines) peuvent être préoccupantes, le diagnostic requiert également de s’intéresser à l’impact de ces comportements sur la vie sociale de l'enfant, comme leur capacité à manger en collectivité.
En cas de soupçons d’arfid, il est crucial de consulter un pédiatre pour un suivi nutritionnel adéquat. La prise en charge peut inclure des thérapies adaptées, ciblant la désensibilisation et l’adoption d'une approche positive à l’alimentation. Les résultats s’avèrent souvent satisfaisants, avec une meilleure adaptation en milieu social. Les parents, de leur côté, doivent rester vigilants et éviter une surprotection qui pourrait renforcer les comportements sélectifs.







